Vestige d’adolescence

Ce chemin, qui me semblait autrefois grandiose, est aujourd’hui si court sous mes pas. Chaque arbre, chaque banc, chaque mur est gardien de mes souvenirs. C’est ici que j’aime venir me ressourcer mais les choses ont bien changé…

 

Je marche instinctivement vers le terrain de volley. Lieu de nos rendez-vous, témoins de nos confidences et complice de nos fous rires, il est l’emblème de mon adolescence. C’est ici que mon cœur s’est emballé pour la première fois, ici que j’ai connu mes premières déceptions. Mais le grillage bordant le terrain a depuis été massacré et les graviers eux-même se sont enfuis, laissant place à une terre sale et boueuse. Les rochers sont maintenant calfeutrés derrière de hauts filets et le portail à l’entrée à quand à lui été saccagé. Une vague de tristesse et de mélancolie m’envahit. Devant cet injuste spectacle je décide de poursuivre mon pèlerinage.

 

Je me dirige alors jusqu’au « Petit Jardin », le parc pour enfants. Pour enfants… du moins c’est ce qu’il était. Dorénavant il ne s’agit plus que d’un espace bétonné, parsemé de deux arbres et trois bancs, privé de ses jeux et donc de son âme. La teinte rouge du sol a laissé place à un gris macabre et les platanes, jadis si chaleureux, semblent aujourd’hui contempler avec résignation leur habitat détruit.

 

Les années ont passé et la vie enivrante de ce lotissement magique a laissé place à l’abandon, la désolation de ce paysage qui fut mien. Il ne s’agissait pas d’une vaste campagne ou d’une luxueuse maison, mais là était mon paradis. Les souvenirs s’enfuient-ils avec le temps ? Le pincement de mon cœur me fait croire que oui… Mais au fond, je pense qu’ici j’aurais toujours 15 ans, des rêves plein la tête et encore pour longtemps.

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Jour de chasse

Grenaille au sol, chiens aux aguets, la détonation résonne.

Sa proie fuit mais il demeure immobile, l’arme chargé, déterminé à gagner ce combat déloyal.

 

Les grenouilles se sont tues depuis les premiers tirs.

Plus un bruit.

La forêt retient son souffle, priant pour que cet étranger s’en aille bredouille.

 

Les yeux dans les yeux,

Le chasseur face à la bête,

La victoire de l’homme sur la nature.

 

Il vibre à chaque coup de feu, trépigne à chaque victime tombée.

 

Pendant ce temps, la nature tremble, suspendu à ses pas, impuissante et silencieuse.

Sur le quai

Les gares sont des mondes à elles toutes seules, où se côtoient une infinité d’émotions et d’histoires.

 

« Attention ! Le TGV numéro 5110 à destination de Marseille St Charles va entrer en gare. Veuillez vous éloigner de la bordure du quai, s’il vous plait ».

 

Regardez cet enfant. Doudou en main, sac à dos fièrement porté, les yeux ébahit devant le bruyant colosse qui apparaît et le conduira vers la mer et les châteaux de sable. Pour lui démarre les meilleures vacances de sa vie, il en est sûr. Il n’a pas fermé l’œil de la nuit surexcité par son grand voyage. Ses parents sont juste à côté, partagés entre la joie et l’anxiété si particulières des jours de départ.  Mais eux aussi en sont sûrs, ils feront en sorte que ces vacances soient les meilleures de sa vie.

 

Par ici, cinq jeunes animés par la vie et les rires. Ils n’ont pas un centime en poche mais ce sont leurs premières vacances sans parents. Cet été le ton est donné : camping, soirées arrosés, journées plages et bonne humeur. Ils se sentent fort, unis, prêt à tout rafler sur leur passage, intimement convaincu qu’il s’agit là d’une nouvelle belle aventure. Iphone à la main, ils immortalisent l’instant. Clic… Flash… Une seconde plus tard, postés sur facebook, ils annoncent la couleur. Prêts à embarquer. Tout est parfait. Les vacances peuvent commencer.

 

Ouverture des portes, un premier flot de passagers descend du train. Cela fait 30 minutes que ce couple de retraité attend sur le quai. Ils sont arrivés en avances, pas question de les faire attendre ! Le mois d’août reste pour eux celui des retrouvailles. Ils scrutent la foule de voyageurs, n’osant pas bouger de peur de les rater. Ça y est, ils les voient : enfants et petits enfants, chargés de bagages et de sourires. Accolades, embrassades, ils profitent et se disent que rien ne vaut cet instant si précieux, que rien n’est plus important que la famille.

 

Un peu plus loin, l’humeur est au déchirement. Fermement accrochés l’un à l’autre ces deux là terminent leurs vacances. Il est temps pour lui de rentrer au bercail. Elle laisse échapper une larme, un « je t’aime ». Ils se reverront très bientôt, ils le savent, mais la nostalgie prend le dessus. Ces habitudes à deux si douces que l’on prend et qui nous assomment lorsqu’on les perds. Ils ne peuvent se résigner à se lâcher, et pourtant le chef de gare donne l’ultime coup de sifflet… Les secondes s’égrainent, le train s’éloigne… Elle restera là encore de nombreuses minutes comme si une partie de lui demeurait sur ce quai, désormais vide.

La nuit, tous les chats sont gris

Tapi dans l’ombre d’une nuit sans lune, il observe le monde sans jamais être vu. Agilité féline, il se prélasse. Perspicace, il surgit de sa tanière au moment opportun. De sa tour de fortune et toujours sans un bruit, le voilà maître de la nuit. Scrutant le silence, observant la brise, il attend, impassible, le néant. Plus un son, plus un mouvement, il se lance. D’un bond élégant il rejoint le chemin et s’en va silencieux, tel un spectre légendaire, à la rencontre d’autres noctambules.

La Rentrée

C’est toujours la même rengaine. Septembre arrive avec son lot de nouvelles têtes, surexcitées à l’idée d’entrer dans la cour des grands. C’est alors que, sortant les crocs, les chaines partent en quêtes d’un nouvel audimat. Ils arborent leurs plus beaux sourires afin de nous présenter leur tout dernier concept, alizé d’innovation après le climat désertiques des rediffusions d’été. Il veulent faire bouger les choses disent-ils. Puis c’est au tour des médias de faire leur rentrée. Pauvreté, climats, conflits armés, tout est bon pour nous embobiner. Ils s’accordent à dire que les politiques sont tous des impotents. Si omettre de respecter la loi est aussi un délit pour l’élite, alors nous sommes dirigés par une bande de puissants délinquants. Et vu comme ça me diriez vous, ils n’ont pas tout à fait tord. Il est vrai que nous sommes pourvus d’une belle brochette de cons en faction à la tête de notre douce France, et tant pis pour la bienséance.

Abandon

L’anniversaire de nos douces années approchait. Hier, si paisible et joyeux. Aujourd’hui, empreint de tant de tristesse. Le temps s’est enfuit emmenant avec lui ton sourire et l’étincelle de tes yeux. Mon amour, accorde moi ton pardon. Nous avons tous des cadavres tapis dans l’ombre de nos placards. Mais celui-ci t’arrache à moi et me laisse impuissant. Je ne peux plus… J’arrête.

Jeunesse d’été

Voilure offerte aux vents, nous avions soif de liberté. Aujourd’hui notre nouvelle vie commençait et nous ne voulions plus être les jeunes ingénus de l’époque. Tout était permis et nous fêtions cette victoire en mer, un verre de mousseux bon marché à la main et la bouche encore pâteuse des excès de la veille. Je vous présente la fine équipe de mes plus belles années : Mélo, la voluptueuse, Francky, la tête brûlée, Elie, la (presque) raisonnable et moi même, Pablo, l’irrésistible gringo !

 

L’été commençait à peine et nous avions décidé qu’il nous appartenait. Notre diplôme en poche, il s’agissait là de nos derniers instants insouciants avant de nous glisser dans la grise farandole des demandeurs d’emplois. Ah ! C’était le bon temps. Mais si nous avions put nous préparer à ce qui nous attendait, tout aurait été différent…

La Dispute

Le dialogue était proscrit. Nous roulions depuis 20 minutes et il ne desserrait pas les dents.

Je regardais par la fenêtre les filles de joies assises, seules ou en groupe, aux arrêts de bus. Elles étaient jeunes… très jeunes. J’imaginais leur vie. Consentantes ? Peut-être… Sous l’emprise d’un maquereau ? Surement !

À côté de moi, je le sentais qui s’impatientait. Le trajet aurait dût nous prendre un quart d’heure, mais un accident au bout du boulevard avait créé un interminable bouchon.

Dire que ça devait être la plus belle soirée de ma vie…

Un Trampoline Vert

Un trampoline vert, une table de ping-pong, un panier de basket. Tout était là, immobile, derniers vestiges d’un temps désormais révolu. Ces objets me frappèrent, mais je ne saurais dire pourquoi. Lorsque je les regardais, je voyais la vie et l’innocence de ces enfants, maintenant réduit à demeurer des enveloppes sans âme. Ce n’était pas ma première affaire du genre et les années finissent par nous anesthésier. Mais parfois, un cas, un corps, une histoire nous rappelle à notre humanité et aux monstruosités qu’accomplissent ces anges de malheur.

 

Les médias s’étaient déjà emparés du meurtre dominical. Grouillants autours du périmètre de sécurité, ils étaient en quête d’une information – ou mieux ! – d’une image. Du sensationnel à jeter aux visages insouciants de milliers de téléspectateurs, en proie à un voyeurisme de masse malsain mais totalement assumé. Je ne supportais plus de les voir faire, ces carnassiers, inconscients du mal qu’ils étaient capable de faire au nom de « la liberté d’expression, d’information et d’opinion ».

 

Alors que j’observais le petit troupeau, toutes caméras dehors, mon attention fut attirée par une jeune femme en retrait. Habillée et équipée comme les autres, son attitude était cependant différente. Elle semblait mal à l’aise, distante, presque apeurée. C’est alors que je me surpris à voir en elle une Journaliste, qui garderait en mémoire le nom des victimes autant que celui des coupables et qui n’oublierai pas l’horreur sitôt le dos tournée, l’esprit trop occupé par un rendez-vous galant en bord de mer où, demain, les mufliers seront ouverts.

Un homme est tombé

Le débriefing eut lieu en fin de journée. L’humeur n’était plus à la joie depuis lundi. Certains d’entre nous avaient complètement lâché prise, mais nous devions rester soudés et concentrés sur la mission. Nous n’étions qu’à la moitié, ce qui voulait dire qu’il nous restait encore 3 mois à tenir. Et nous n’avions plus le droit à l’erreur. Le Capitaine avait ressenti comme nous tous le coup de massue provoqué par cette disparition. On nous prépare à survivre dans le désert, utiliser Famas et mortiers, faire face aux situations les plus extrêmes. Mais ça, on n’apprend pas à le gérer, on y est juste confronté. Et face à l’horreur de la situation, on se sent complètement dépassé.

C’est le Sergent Chef Craie qui prit la parole :

« Nous vivons tous depuis quelques jours une période difficile. Cela fait trois mois que nous sommes ici, la fatigue commence à se faire sérieusement sentir, et notre moral autant que notre physique en pâtissent. Le Caporal Millaud était notre camarade, notre amis… il n’a pas mérité de partir comme ça. Il était promis à une brillante carrière au sein de notre armée, il était excellent dans son domaine, un vrai maître en la matière. Et c’est justement ce qui l’a… hum … Toujours trop sûr de lui, il n’a pas assez pris au sérieux la gravité de la situation. Au milieu de la tempête de balles qui s’est abattue sur nous, il s’est pris la vérité de plein fouet et a paniqué. Un manque d’anticipation, une hésitation et la situation nous échappe en une demi-seconde. »

Il fit une pose, scrutant attentivement nos réactions, puis il reprit :

« J’espère que personne n’oubliera la leçon du jour, dit-il. Un talent est une arme efficace mais à double tranchant. Il peut à tout moment se retourner contre son propriétaire. Surtout quand le doute et la peur s’en mêlent. C’est pourquoi vous ne devez jamais vous laisser dominer par de pareilles émotions. Je ne dit pas ça pour vous effrayer ou ternir sa mémoire. Non, au contraire ! C’est pour que sa mort ne soit pas veine. Lundi un homme est tombé au combat, et pour lui nous devons rester concentrés et solides pour qu’un tel drame ne se reproduise pas. »

Nous étions tous silencieux, rassemblés sous une tente de fortune, dans les montagnes afghanes. Les mots du Sergent Chef résonnaient dans nos esprits. Même si nous avions compris le message, nous savions tous que plus rien ne serait pareil à présent.