Avis : « A corps ouverts » de Nathalie GUYADER

Présentation

Date de parution : 13/06/2019

Editeur : Nouvelles Plumes

Pages : 272

Résumé éditeur

Julia Lemonnier, avocate pénaliste à Marseille, s’est fixé un principe : ne jamais défendre de narco-trafiquants, ces criminels qu’elle juge responsables de la mort de sa sœur, Cléo, décédée d’une overdose dans une boîte de nuit. Aussi est-elle très étonnée d’apprendre que Jorgi Garcia, emprisonné aux Baumettes, souhaite qu’elle devienne son avocate. Mais Jorgi a un argument de poids : des informations sur sa sœur… Avant même d’avoir donné sa réponse, Julia est victime d’une tentative d’intimidation, l’enjoignant à se tenir loin du trafiquant. Entraînée dans une spirale macabre, la jeune femme ira-t-elle au bout de sa quête de vérité ?

Avis :

Je termine la lecture de ce roman avec une appréciation en demi-teinte.

Notre protagoniste, Julia, est avocate à Marseille. Sa sœur, Cléo, est morte d’une overdose 1 an plus tôt. Elle entretient une relation avec Eloi, un ambulancier. Elle se fait approcher par un narcotrafiquant pour le défendre, mais subit des intimidations. Bref, rien de plus ni de moins que le résumé de l’éditeur. Ah si, peut-être le fait que l’intrigue soit finalement plus axée sur le décès de sa sœur que sur le traffic et qu’en parallèle, nous suivons la triste vie d’un enfant maltraité, « Guaï », de ses 6 ans à l’âge adulte.

J’ai choisi ce livre pour deux raisons : tout d’abord, l’intrigue se déroule à Marseille, ma ville natale, et j’avais envie de m’immerger dans mon (trop) lointain « chez moi » durant cette période de confinement. Ensuite, j’aime bien les thrillers qui se déroulent du point de vue d’un avocat. Même si le résumé ne m’a pas transcendé, j’avais imaginé une histoire assez dynamique qui me bottait bien.

Je vais commencer par ce que j’ai aimé. Tout d’abord, la narration en deux temps est intéressante. D’un côté, nous suivons Julia dans ses péripéties présente, et de l’autre, ce jeune enfant, qui grandit jusqu’à devenir un homme, sans que nous sachions vraiment qui il est. Cela apporte une chouette dynamique, des interrogations, et couplée à la structure du roman en courts chapitres, la lecture en est de ce fait rapide et agréable. Ensuite, le travail de documentation de l’auteur est marquant. Une bonne partie du roman parle de thanatopraxie, et nous avons pas mal de détails, d’images et d’explications qui, bien qu’assez glauques, assoient la crédibilité du roman et titille indubitablement notre curiosité. Totalement étrangère à ce monde, j’ai personnellement appris des choses (peut-être aurais-je préféré ne pas les connaître cela dit !). Enfin, si nous lisons pour ressentir des émotions, l’univers « pompe funèbres, fossoyeurs et embaumement » fait le job.

Malheureusement, ces éléments n’ont pas suffi à m’accrocher. Je ne suis pas parvenu à m’attacher aux personnages, que j’ai trouvés trop quelconques, manquant de profondeur, et dont les attitudes et réactions sonnaient parfois faux. Exception peut-être pour « Guaï » en version enfant, qui m’a touché (la narration de sa vie auprès de ses parents est assez poignante pour le coup). A mon sens, les actions et les péripéties sont trop expéditives, au point parfois de ne pas parvenir à capter la logique, la chronologie et/ou le sens de leur existence. Le métier de Julia et son histoire de narcotrafiquant incarcéré ne sont finalement qu’une toile de fond, qui sert d’amorce et tente parfois de brouiller les pistes. Et pour finir, ce qui a été rédhibitoire pour moi, ce sont les dialogues avec les quelques truands et petites racailles. Entre les clichés et les expressions d’un autre temps, nous sommes dans une caricature teintée d’anachronismes linguistiques qui m’a totalement fait décrocher (voir, je dois l’avouer, rire jaune). J’avoue être lassée de ce « parlé marseillais » forcé et peu crédible que l’on nous sert dans les films, les séries (et parfois les livres). En tout cas, c’est comme ça que je l’ai ressenti.

Pour conclure, je dirais que j’ai lu la 1ère moitié de ce roman en tentant d’entrer dans l’histoire et sans vraiment comprendre où l’auteur voulait nous emmener. Et la 2ème moitié en voyant très clairement le dénouement arriver. Aucune surprise donc quant à la chute. De nombreux indices sont disséminés dans le livre pour nous emmener vers cette conclusion (ce qui est une très bonne chose en soi), mais de manière peut-être trop grossière. Du coup, on comprend assez rapidement ce qui se joue.

Malgré cet avis pas très engageant (et très personnel), j’ai tout de même lu assez facilement cet ouvrage et précise que ce roman a reçu le prix des lecteurs France Loisir 2018. Je regrette juste de ne pas être parvenu à voyager, à me projeter. Je m’attendais à une histoire complexe et bien ficelée qui m’emmènerait dans un univers carcéral et juridique et me suis retrouvé dans une mini enquête au milieu d’un récit de vie morbide qui m’a laissé sur m’a faim.

Avis : « Pour un instant d’éternité » de Gilles LEGARDINIER

Présentation

Date de parution : 02/10/2019

Editeur : Flammarion

Pages : 576

Résumé éditeur

Vincent sait mieux que personne ce qu’est un secret. Spécialiste des passages dérobés, c’est à lui que les riches et les puissants font discrètement appel pour dissimuler leurs trésors ou s’aménager des issues indétectables.

Alors que Paris célèbre l’Exposition universelle et sa phénoménale tour Eiffel, Vincent et son équipe deviennent soudain la cible de tentatives d’assassinat. La mort rôde désormais autour d’eux.

Un de leurs clients cherche-t-il à effacer ce qu’ils savent de lui ? Sont-ils traqués par des pouvoirs occultes ? Quelle est cette ombre qui peut les frapper n’importe où, n’importe quand ?

Dans une époque bouleversée, confronté à des mystères surgis d’un autre temps, Vincent va tout faire pour déjouer la menace et sauver les siens. Ce qu’il s’apprête à découvrir va faire voler en éclats tout ce qu’il croyait savoir du monde…

Avis :

Je connaissais Gilles LEGARDINIER dans un tout autre registre, et honnêtement, je suis conquise ! D’autant plus qu’à chaque fois que je me retrouve avec l’un de ses romans entre les mains, c’est par hasard, et pourtant le charme opère. Déjà, lorsque j’ai lu « Demain j’arrête ! », j’avais été impressionnée par la justesse des émotions et des relations humaines décrites (en plus d’un incroyable sens de l’humour !). Et c’est à nouveau le cas ici.

Un thriller mystérieux et ésotérique, sur fond de récit historique. Nous sommes catapultés en 1889, durant l’exposition Universelle qui a valu à notre chère capitale, l’apparition de sa Tour Eiffel. La révolution industrielle est en marche, et nos personnages vivent clairement une époque de transition tant matérielle, politique, économique qu’idéologique. Nous entrons dans le quotidien d’une équipe d’ouvriers de l’ombre, et particulièrement Vincent, leur leader. Leur activité : concevoir des passages et pièces secrètes, afin que leurs clients puissent y cacher leurs richesses et secrets.

Pour commencer, ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre est la thématique centrale autour des passages dérobés, que j’ai trouvé très originale. Je n’avais pas particulièrement d’attente, juste une bonne dose de curiosité. J’ai donc été très agréablement surprise de voir que tout le roman, les personnages et l’Histoire qui l’accompagne nous immergent totalement dans cet univers méconnu. Anecdotes, références et explications alimentent l’action. On ne s’ennuie pas avec des descriptions barbantes et interminables, et on ne se contente pas non plus de foncer tête baissée dans des scènes dynamiques mais inconsistantes. Non, ici, c’est un juste équilibre entre la forme et le fond, entre la théorie et l’action.

Le roman est construit en très courts chapitres, ce qui a été pour moi un avantage et un inconvénient. Le point positif est qu’une telle structure rythme la lecture, et que nous sommes toujours tentés d’en lire un petit bout de plus, même lorsque nous avons très peu de temps ou que la fatigue nous envahit. Cependant, en début de lecture, ce rythme m’a un peu déstabilisée et j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire. Il était difficile de m’immerger car les scènes étaient très (trop ?) rapides. Cette sensation a fini par s’estomper, puisque une fois le cadre posé, je ne voulais plus décrocher.

 Les personnages, eux, prennent de la consistance au fil des pages. Au début, ils ont un rôle. A la fin, ils ont du sens. Ce qui est particulièrement bien mené par l’auteur est la construction et la description de leurs relations, de leur interdépendance, tout en conservant une personnalité et un individualisme important. Il y a beaucoup de douceur et de rondeur dans cette synergie. Nous ne sommes pas ici sur des caricatures. Il y a une réalité brute dans la vie et le passé de ces personnages, qui les a forgé, sculpté, et qui fait naturellement apparaître des failles. Pas de perfection, ni de pathos à l’excès. Au contraire ! C’est une fois de plus avec justesse que sont bâtis nos protagonistes et qu’ils s’interrogent sur le sens des choses, de la vie.

J’ai vraiment eu la sensation de voyager avec ce livre, dans l’espace et le temps, et ce fut très agréable. Même si, comme l’auteur nous le précise, sont but premier n’est pas juste de nous balader dans le Paris de la fin du XIXe siècle, il faut avouer que le cadre et les descriptions font leur effet et contribue au dépaysement. Mais ça va plus loin. Régulièrement, nos personnages formulent des mots et pensées que nous pourrions tout à fait entendre aujourd’hui et qui mettent en parallèle nos deux époques. Car pour Vincent et ses contemporains, les paysages s’urbanisent, le monde va de plus en plus vite, les découvertes et techniques se développent de manière impressionnante, les idéologies extrémistes laissent une vilaine traînée de poudre derrière elles et les « grands » de ce monde sont de plus en plus tournés vers le profit… tient donc, ça ne vous rappelle rien tout cela ? Est-ce une réalité de cette époque ou une interprétation de l’auteur ? Qu’importe, nous nous identifions et nous comprenons de ce fait beaucoup mieux ce que vivent et pensent nos compagnons.

Cerise sur le gâteau : les 25 dernières pages nous livrent quelques informations historiques d’une part, puis un témoignage de Gilles LEGARDINIER d’autre part, qui enrichissent un peu plus notre lecture. Car cette histoire n’est pas que fiction. Elle est en effet très documentée, avec de nombreux clin d’œil à l’Histoire. Une appropriation de la réalité, certes romancée, mais ancrée dans un environnement géographique et temporel précis et fidèle à l’existant.  

Pour résumer, vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé lire ce livre ! Il émane de ce roman (et/ou de son auteur) une énergie particulière et très douce. Pour la définir, je reprendrais les mot « justesse », « rondeur », « humain », « immersion » et « mystère ». Je suis souvent impatiente de finir un roman pour arriver au dénouement. Ici, je ne me suis à vrai dire même pas posé la question. Je suivais les péripéties de Vincent et de sa « famille » avec attention, profitais à la fois des rebondissements et des temps plus calmes, m’arrêtait parfois pour réfléchir ou digérer un événement, et reprenais naturellement le fil avec plaisir. Un chouette instant d’éternité.

Avis : « Un millier d’étoiles dans mon cœur » de Laeticia CELERIEN

Présentation

Date de parution : 23/05/2019

Editeur : Nouvelles Plumes

Pages : 320

Résumé éditeur

 Aston, surfeur solitaire, ne vit que pour sa passion. Il n’a jamais surmonté le drame de ses 10 ans : le même jour ses parents mouraient dans un accident de bateau et sa meilleure amie Chelsea disparaissait mystérieusement. Seize ans plus tard, une jeune femme en couverture d’un magazine attire son attention. Il est écrit qu’elle s’appelle Madison, mais cette petite cicatrice sur le front, Aston la reconnaîtrait entre mille, c’est Chelsea, il en est sûr !

Il décide de se rendre à New-York pour la rencontrer. Si Madison ne semble pas identifier Aston, elle n’est pas insensible à son charme… Sur un malentendu, il devient son colocataire. L’occasion d’éclaircir enfin les zones d’ombre du passé, et qui sait, de goûter enfin au bonheur ?

Avis :

Et bien, ma conclusion est que ça fonctionne ! Et même plutôt bien. Mais commençons par le commencement…

Une romance, sur fond de drame familial. Un binôme, Aston et Madison, qui finit par être extrêmement attachant. Indépendamment, les personnages sont peut-être un peu mielleux, parfois irritants, leurs forces et faiblesses étant poussées à l’extrême (Aston, le gentil romantique nostalgique, mystérieux, qui porte le malheur du monde sur ses épaules, et Madison, la working city girl pétillante, directe, audacieuse et passionnée). Mais lorsque ces deux-là sont réunis, leur alchimie les rend solaires. Et c’est ce qui rend ce roman particulièrement impactant.

Le démarrage est un peu mièvre, c’est vrai. Est-ce une fragilité d’écriture ou une faille de construction dans l’introduction de ce récit ? Je ne saurais trancher. Puis finalement, on arrête de réfléchir et on se laisse totalement embarquer. L’alternance de points de vue et d’époques alimente l’histoire et la romance, et crée de l’empathie.

Concernant le rythme, il est assez irrégulier. Pour le fond, cela n’est pas gênant, au contraire, car cela crée un dynamisme efficace qui nous tient en haleine. Dans la forme, cela m’a un peu plus dérangé.  Certains épanchements sont quelque peu redondants et répétitifs dans le récit, ce qui alourdit un peu le tout. A mon sens, néanmoins, le point fort de ce roman est indéniablement l’intensité des émotions transmise. Dès que nous entrons dans une scène entre nos deux personnages centraux, le temps s’arrête. Et là, c’est un bonbon de douceur et de sensualité qui s’offre à nous. On aime avec eux, on vibre avec eux, on sourit, on respire, on tremble avec eux. L’immersion est totale, et nous sommes clairement touchés, des étoiles plein le cœur.

J’ai entamé cette lecture après avoir terminé un thriller bien noir que j’ai adoré. Je recherchais de la légèreté, et en même temps, j’arrivais pleine d’a priori, en me disant que j’aurais du mal à trouver un roman qui m’accroche après ma précédente lecture. De plus, cet ouvrage m’a été donné, je ne l’ai pas réellement choisi. C’était une tentative, une expérience, un genre nouveau que je n’ai pas l’habitude d’explorer. Malgré tous ces éléments qui jouaient à son désavantage, l’auteure a, sans aucune prétention, tout en subtilité, réussi à me faire passer un excellent moment de lecture. Car oui, j’ai beaucoup aimé son livre. Est-ce que ce roman est parfait ? Probablement pas. Est-ce que ce roman est réussi ? Sans aucun doute ! Il m’a fait voyager et ressentir des choses que seuls les écrits peuvent transmettre. Et j’ai adoré passer ma semaine avec Aston et Madison, jusqu’à en pleurer d’émotion. Alors merci à Laeticia Celerien pour cet agréable moment !

Avis : « Le Signal » de Maxime CHATTAM

Présentation

Date de parution : 24/10/2018

Editeur : Albin Michel

Pages : 731

Résumé éditeur

 La famille Spencer vient de s’installer à Mahingan Falls.
Un havre de paix.
Du moins c’est ce qu’ils pensaient…
Meurtres sordides, conversations téléphoniques brouillées par des hurlements inhumains et puis ces vieilles rumeurs de sorcellerie et ce quelque chose d’effrayant dans la forêt qui pourchasse leurs adolescents…
Comment le shérif dépassé va-t-il gérer cette situation inédite ?
Ils ne le savent pas encore mais ça n’est que le début…

Avez-vous déjà eu vraiment peur en lisant un livre ?

Avis :

L’histoire est construite au croisement de diverses thématiques : la famille, le changement de vie, le deuil, puis en parallèle, l’histoire et les légendes, la criminalité, la technologie et l’ésotérisme à la fois.

J’admets avoir eu un peu de mal avec le portrait de la famille parfaite que représentent les Spencer. Ce sont finalement leurs failles et leurs faiblesses qui m’ont permis de mieux me projeter auprès d’eux, en leur donnant la consistance qui me manquait. Chacun des personnages a vraiment une personnalité, une histoire et joue son rôle dans l’équilibre du récit. Le point de vue de chacun d’entre eux est exploré, ce qui en fait un récit particulièrement riche, rythmé et immersif.

Notre fil conducteur : une succession d’évènements étranges qui touchent les habitants de la ville et qui nous poussent, dès les premières pages, à nous questionner : Qui ? Quoi ? Comment ? Pourquoi ?

Les réponses nous arrivent à bonne fréquence et bon dosage, ce qui alimente régulièrement l’intrigue et nous tient en haleine. Car si ce roman à une qualité à mes yeux, c’est qu’il nous attrape et ne nous lâche plus ! Il n’y a pas de temps morts, pas le temps pour les habitudes, et en même temps, nous ne sommes pas non plus trimballés dans tous les sens, à essayer de suivre les idées farfelues d’un auteur débordé. Non, ici, tout se construit, pas à pas. La cadence est maîtrisée. Et nos émotions sont mises à rude épreuves. Pas de répit !

Je ne m’attarderais pas sur les « terribles » descriptions de corps mutilés, brisés, éventrés, et autres douces folies, car ce n’est clairement pas ce que j’affectionne dans mes lectures. Mais je dois avouer qu’une telle maîtrise linguistique et imagée de l’horreur se doit d’être saluée ! Plus largement, l’écriture est toujours agréable et facile, tout en étant riche et soutenue. J’ai beaucoup aimé.

Pour conclure, je dirais qu’avec ce roman, je me suis lancée, à première vue, dans tout ce que j’évite en temps normal : un auteur à succès à la réputation gore, des sujets sordides, et plus particulièrement ici, d’ésotérisme et d’horreur, et qui plus est, un pavé.

Et pourtant, je viens de terminer l’un des romans les plus marquants (positivement !) de ma petite vie de lectrice ! Je suis subjuguée ! J’ai rarement été aussi happée par un livre, de bout en bout. A chaque fois que je me suis dis que ça allait partir en cacahuète, ou que j’allais décrocher, un évènement ou quelque chose dans la construction du récit, me rattrapait et me faisait entrer encore plus profondément dans l’histoire ! C’est la 1ère fois qu’un livre m’empêche de dormir, qu’un roman me coupe physiquement le souffle et me laisse également cette agréable sensation d’aboutissement à sa fin. La boucle est bouclée. Mon 1er Maxime Chattam : j’ai adoré ! Et je recommande, y compris à celles et ceux qui ne sont pas habitués à ce type de lecture.

Maintenant, je vais aller me plonger dans un ouvrage un peu plus léger le temps de digérer ! 🙂

Psychédélique

Il était assis seul à une table, lisant inlassablement sur un petit flacon l’inscription « SALT », quand un banquier vint l’interpeller :

–  Que tu es grand et que tu semble sage. Voudrais-tu pour te récompenser que je t’accorde un prêt pour tes projets ?

Étonnante proposition ! Il baissa les yeux et remarqua qu’il était vêtu d’une grenouillère bleu foncé à pois jaune. Quand il releva la tête, son étrange interlocuteur avait disparut. En fond sonore, une radio grésillait de vieux tubes disco, quand un flash spécial interrompit le programme :

–  La nouvelle vient de tomber. La patronne du Roller Bar, où d’Europe tous les touristes affluaient, a été retrouvée chez elle inanimée. Elle se serait étouffée avec un bretzel.

Tiens donc… Cette histoire lui rappelait quelque chose. Il observait le décor qui l’entourait. Du rouge, du vert, du bleu, des tables et des chaises en carton et des serveuses en soubrettes… original. L’une d’elle, au téléphone, hurlait :

–  D’accord, ne m’uses pas trop les pneus alors ! Pas comme la dernière fois !

Sa voix était comme métallique et résonnait dans la salle vide. Quand soudain…

Soudain il se réveilla, en sueur, dans son lit. 4H44 indiquait le réveil. Il frissonnait. La fièvre avait dû remonter. Mais ce rêve… Quand il serrait remis d’aplomb, il réfléchirait à sa signification.

Au pays des contes de fées…

Je vais vous parler d’un lieu où le temps s’arrête et les soucis disparaissent. Un lieu où l’on rajeunit dès le seuil franchit. Où nos rêves même les plus fous prennent formes devant nous. Il s’agit du paradis des enfants, de l’oasis des plus grands. Peut-être en avez vous déjà foulé les pavés ? Mais derrière ces murs intrigants, se déroule un merveilleux ballet. L’endroit ne dort jamais. Tantôt préparé pour l’arrivée des invités, tantôt guéri de ses maux après une éprouvante journée. Des centaines d’anges gardiens veillent en coulissent à sa pérennité. Là, juste derrière, des silhouettes dansent en secret. Ils se mettent en place… le spectacle peut commencer.

Vous voulez visitez ? Je vous en pris, entrez…

Le maître des lieux n’a pas lésiné sur les effets. Les palaces sont roses, les arbres carrés et au loin… regardez ! Un château se dresse, somptueux, au milieu de l’assemblée. Ici, tout est décuplés : les souris sont à hauteur d’homme et jamais si pétillants n’ont étés les yeux de nos mômes. Vous entendez ? Le clairon a sonné. Il est l’heure pour nos princesses de défiler sous les regards enchantés de leurs miniatures envoûtées. Monde imaginaire, mais pourtant bien réel, montez dans une tasse et laissez vous porter. Ici les dragons sont gentils et les reines maléfiques. Les ours vous sourient et les épées sont magiques. N’ayez peur de rien, nous somme là pour vous. Que votre voyage soit parfait est notre mission avant tout.

Vestige d’adolescence

Ce chemin, qui me semblait autrefois grandiose, est aujourd’hui si court sous mes pas. Chaque arbre, chaque banc, chaque mur est gardien de mes souvenirs. C’est ici que j’aime venir me ressourcer mais les choses ont bien changé…

Je marche instinctivement vers le terrain de volley. Lieu de nos rendez-vous, témoins de nos confidences et complice de nos fous rires, il est l’emblème de mon adolescence. C’est ici que mon cœur s’est emballé pour la première fois, ici que j’ai connu mes premières déceptions. Mais le grillage bordant le terrain a depuis été massacré et les graviers eux-même se sont enfuis, laissant place à une terre sale et boueuse. Les rochers sont maintenant calfeutrés derrière de hauts filets et le portail à l’entrée à quand à lui été saccagé. Une vague de tristesse et de mélancolie m’envahit. Devant cet injuste spectacle je décide de poursuivre mon pèlerinage.

Je me dirige alors jusqu’au « Petit Jardin », le parc pour enfants. Pour enfants… du moins c’est ce qu’il était. Dorénavant il ne s’agit plus que d’un espace bétonné, parsemé de deux arbres et trois bancs, privé de ses jeux et donc de son âme. La teinte rouge du sol a laissé place à un gris macabre et les platanes, jadis si chaleureux, semblent aujourd’hui contempler avec résignation leur habitat détruit.

Les années ont passé et la vie enivrante de ce lotissement magique a laissé place à l’abandon, la désolation de ce paysage qui fut mien. Il ne s’agissait pas d’une vaste campagne ou d’une luxueuse maison, mais là était mon paradis. Les souvenirs s’enfuient-ils avec le temps ? Le pincement de mon cœur me fait croire que oui… Mais au fond, je pense qu’ici j’aurais toujours 15 ans, des rêves plein la tête et encore pour longtemps.

Jour de chasse

Grenaille au sol, chiens aux aguets, la détonation résonne.

Sa proie fuit mais il demeure immobile, l’arme chargé, déterminé à gagner ce combat déloyal.

Les grenouilles se sont tues depuis les premiers tirs.

Plus un bruit.

La forêt retient son souffle, priant pour que cet étranger s’en aille bredouille.

Les yeux dans les yeux,

Le chasseur face à la bête,

La victoire de l’homme sur la nature.

Il vibre à chaque coup de feu, trépigne à chaque victime tombée.

Pendant ce temps, la nature tremble, suspendu à ses pas, impuissante et silencieuse.

Sur le quai

Les gares sont des mondes à elles toutes seules, où se côtoient une infinité d’émotions et d’histoires.

« Attention ! Le TGV numéro 5110 à destination de Marseille St Charles va entrer en gare. Veuillez vous éloigner de la bordure du quai, s’il vous plait ».

Regardez cet enfant. Doudou en main, sac à dos fièrement porté, les yeux ébahit devant le bruyant colosse qui apparaît et le conduira vers la mer et les châteaux de sable. Pour lui démarre les meilleures vacances de sa vie, il en est sûr. Il n’a pas fermé l’œil de la nuit surexcité par son grand voyage. Ses parents sont juste à côté, partagés entre la joie et l’anxiété si particulières des jours de départ.  Mais eux aussi en sont sûrs, ils feront en sorte que ces vacances soient les meilleures de sa vie.

Par ici, cinq jeunes animés par la vie et les rires. Ils n’ont pas un centime en poche mais ce sont leurs premières vacances sans parents. Cet été le ton est donné : camping, soirées arrosés, journées plages et bonne humeur. Ils se sentent fort, unis, prêt à tout rafler sur leur passage, intimement convaincu qu’il s’agit là d’une nouvelle belle aventure. Iphone à la main, ils immortalisent l’instant. Clic… Flash… Une seconde plus tard, postés sur facebook, ils annoncent la couleur. Prêts à embarquer. Tout est parfait. Les vacances peuvent commencer.

Ouverture des portes, un premier flot de passagers descend du train. Cela fait 30 minutes que ce couple de retraité attend sur le quai. Ils sont arrivés en avances, pas question de les faire attendre ! Le mois d’août reste pour eux celui des retrouvailles. Ils scrutent la foule de voyageurs, n’osant pas bouger de peur de les rater. Ça y est, ils les voient : enfants et petits enfants, chargés de bagages et de sourires. Accolades, embrassades, ils profitent et se disent que rien ne vaut cet instant si précieux, que rien n’est plus important que la famille.

Un peu plus loin, l’humeur est au déchirement. Fermement accrochés l’un à l’autre ces deux là terminent leurs vacances. Il est temps pour lui de rentrer au bercail. Elle laisse échapper une larme, un « je t’aime ». Ils se reverront très bientôt, ils le savent, mais la nostalgie prend le dessus. Ces habitudes à deux si douces que l’on prend et qui nous assomment lorsqu’on les perds. Ils ne peuvent se résigner à se lâcher, et pourtant le chef de gare donne l’ultime coup de sifflet… Les secondes s’égrainent, le train s’éloigne… Elle restera là encore de nombreuses minutes comme si une partie de lui demeurait sur ce quai, désormais vide.